Des pêcheurs du Royaume-Uni et de France, soutenus par les ONG Greenpeace, Bloom et Pleine Mer, s’unissent derrière un appel commun aux gouvernements pour qu’ils protègent correctement les océans. L’événement se déroule dans l’Aire Marine Protégée de la côte sablonneuse de Basurel, à la frontière des eaux britanniques et françaises, dans la Manche, le 9 mai. SUZANA PLUNKET / GREENPICE
La connexion a eu lieu en haute mer. Les marins de Merlin, un bateau de pêche de Boulogne, et ceux de Jessie Alice, un navire de Lowestoft, un port anglais du Suffolk, ont hissé un pavillon, lundi 9 mai. entre les deux navires : “Pêcheurs Solidaires pour les Océans”.
Au quai Gambetta, à Boulogne-sur-Mer, où pêcheurs et militants écologistes attendent le retour de Merlin, Leticia Bizio, porte-parole de Bloom, une organisation non gouvernementale dédiée à la protection des océans, a insisté sur cette alliance inédite : « Il y a eu beaucoup de tension entre pêcheurs français et anglais après le Brexit, ou la coquille des moules, mais sur le foin du fond, ils se retrouvent. »
La pêche à la senne, aussi appelée pêche “à la danoise”, est une technique qui consiste à encercler les poissons pour les jeter dans des filets flottants pouvant couvrir jusqu’à 4 kilomètres carrés. Les vibrations effraient les poissons qui se concentrent au centre du filet ; tout ce que vous avez à faire est de le prendre. “En plus d’abîmer les fonds marins, cette technique est extrêmement efficace”, reconnaît Alexandre Fournier, lui-même senneur depuis que son père a équipé le chalutier familial en 2010.
“Nous sommes endettés”, confie le jeune homme de 25 ans, qui travaille depuis l’âge de 17 ans, mais précise que “j’avais été à bord l’été d’avant”. “On n’était pas très enthousiastes au début”, mais, comme beaucoup ici, “on s’y est mis parce qu’on a vu les Hollandais débarquer dans leurs gros bateaux”. Nous n’avions pas trop le choix.”
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“La pêche artisanale en Manche est en danger de mort”
Philippe Fournier a fait de même, investissant près d’un million d’euros pour équiper son chalutier de vingt-quatre mètres. S’il estime qu'”un filet à champignons bien pratiqué n’est pas plus destructeur que n’importe quelle autre technique”, il réclame aussi un moratoire sur cette technique, devenue “dévastatrice pour les espèces”. A côté de lui, Jérémy (il ne veut pas donner son nom de famille) écrase nerveusement son mégot de cigarette. Il est fileur. “Avec le filet à la hollandaise, quand tu passes derrière, il n’y a plus rien. Accablé par les crises qui s’ensuivent, Jérémy se dit qu’il peut encore tenir quelques mois comme ça, pas plus.
En Manche et en mer du Nord, les senneurs à bosse pêchent essentiellement mulets, calamars, seiches, grondins, “dont les stocks sont quasiment éteints”, déplore Alexandre Fournier, pour qui “la pêche artisanale en Manche est en danger de mort”. Mardi 10 mai, il accompagnera l’ONG Bloom au Parlement européen, où l’article 5 de la politique commune de la pêche doit être révisé suite au retrait des Britanniques avec le Brexit.
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