Combattre la violence armée, donner plus d’espace à la diversité, promouvoir le maintien de l’ordre, mettre fin à la pandémie ; La nouvelle directrice par intérim de la police de Montréal, Sophie Roy, devra relever de nombreux défis au cours des prochains mois. Première femme à occuper ce poste, elle compte bien faire une “saine transition” pour son héritage, qui aura lieu à l’automne.
Posté à 14h50
Henri Wellett-Vesina La Presse
“Je suis juste reconnaissant de pouvoir vivre cette expérience. Et être la première femme me remplit de fierté. C’est aussi très important pour tous mes collègues. Cela démontre que le SPVM est ouvert aux rêves de chacun », a déclaré le principal intervenant en entrevue avec La Presse.
Elle entend favoriser une « culture de coopération » au sein du corps policier, où elle a acquis plus de 34 ans d’expérience, notamment à titre de directrice adjointe des enquêtes criminelles. “Sécurité publique, nous devons partager cette responsabilité. Et donc on construit des ponts en apprenant à se connaître, à se comprendre, à discuter, à démystifier nos responsabilités collectives », a-t-elle dit.
Ce projet sera d’autant plus important dans le contexte de la recrudescence de la violence armée, juge Sophie Roy. “La pointe de l’iceberg est le tir, mais il faut voir ce qu’il y a derrière. Cela peut remonter à plusieurs années pour plusieurs suspects. Au niveau social, il faut se demander ce qu’on peut faire pour lutter contre la délinquance émergente, par exemple », a déclaré la femme expérimentée.
PHOTO DENIS GERMAN, COOPÉRATION SPÉCIALE
Sophie Roy, directrice par intérim de la police de Montréal
Il n’y a pas de policier qui ne s’inquiète de l’augmentation de la violence.
Sophie Roy, directrice par intérim de la police de Montréal
Pour elle, la “priorité” est de faire face à la prolifération des armes à feu dans la métropole. “Évidemment, nous ne pouvons pas travailler seuls là-dessus. C’est pourquoi nous participons à des équipes provinciales comme [l’opération] Centaure. Et nous continuerons”, jure-t-elle
Le nouveau réalisateur y croit : il est tout à fait possible de réduire le nombre de prises à Montréal. “Évidemment, les enquêtes sont longues et compliquées. Venant de la recherche, j’ai pu voir cela. Mais il faut lui laisser du temps. Et notre travail porte ses fruits », a-t-elle déclaré.
Plus de connexions, plus de confiance
En deux ans, la pandémie de COVID-19 a durement touché les communautés vulnérables et une grande partie de la population, poursuit Sophie Roy. “L’ensemble du réseau était moins accessible. Nos policiers ont également dû s’adapter. C’était extrêmement exigeant. Et ils ont aussi survécu à la pandémie, avec un facteur d’isolement. Ajouter une pression supplémentaire. »
Comme son prédécesseur, Sylvain Caron, qui prend sa retraite en avril, elle admet que la « réalité montréalaise » peut parfois être difficile pour une patrouille.
La pression sociale, les médias sociaux, la perception des gens ou le jugement populaire extrêmement rapide sont un problème. Personnellement, je pense qu’il faut donner une chance au processus, éviter les jugements hâtifs et apprécier le travail des policiers. Ils effectuent des milliers d’interventions professionnellement auprès d’une clientèle vulnérable. Ils voient des choses que le citoyen ne voit pas tous les jours.
Sophie Roy, directrice par intérim de la police de Montréal
Cependant, elle a reconnu que de nombreux ponts devaient encore être construits pour restaurer la confiance du public dans le système policier. “Lorsque je suis arrivé à Montréal après la crise, en tant que chef d’unité au PDQ39, nous devions construire ces ponts autant à l’externe qu’à l’interne. Et ça marche tous les jours. C’est une bataille constante », a-t-elle déclaré.
La ville de Montréal a salué l’arrivée de Mme Roy. « Elle comprend et connaît très bien la complexité des enjeux de sécurité publique, ce qui fait d’elle un véritable atout pour Montréal », a déclaré Alain Vayankour, chef de la sécurité publique au comité exécutif.
En attendant, mais “bien en selle”
Le processus de sélection du prochain chef du SPVM a débuté en mars par une annonce publique. Ce printemps, un comité de sélection choisira parmi tous les candidats pouvant postuler de partout au Québec et au Canada. Cette décision devra être entérinée par le comité exécutif de la Ville et le gouvernement du Québec. L’identité de cette personne sera connue d’ici l’automne.
Sophie Roy a déjà indiqué qu’elle ne se présenterait pas. Jusque-là, cependant, elle veut être “bonne en selle”. “Je ne vois pas mon mandat comme un mandat de plusieurs mois. Temporairement, oui, c’est un titre, mais j’ai besoin d’être au bon endroit pour encourager et soutenir mon personnel. Nous allons persévérer, nous allons continuer », a-t-elle déclaré.
Quant à sa collaboration avec la mairesse Valérie Plante – qui a eu des tensions avec Sylvain Caron par le passé – la nouvelle directrice par intérim n’est pas trop inquiète. “J’ai toujours soutenu les bonnes relations car elles servent la sécurité publique. Je n’ai aucun pari sur les relations futures”, a-t-elle conclu. À ses yeux, la récente nomination de Martin Prud’homme, l’ancien chef de la Sûreté du Québec, au poste de directeur général adjoint de la Ville, appelle à une « excellente collaboration ».
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973 Nombre de membres du SPVM issus des minorités visibles ou des communautés autochtones, dont 649 patrouilleurs. L’an dernier, le SPVM disait avoir embauché 59 policiers de divers horizons. “Nous devons rester ouverts. Et il faut absolument continuer ces démarches”, glisse Sophie Roy.
SOURCE : SPVM
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