« Supprimer vos adversaires du tableau de bord est-il encore une démocratie ? Lundi, Jean-Luc Mélenchon n’a pas caché sa colère en publiant sur Twitter un communiqué indiquant que le ministère de l’Intérieur avait refusé d’enregistrer l’Union populaire nouvelle (NUPES) pour les candidatures. Le candidat à la dernière élection présidentielle a déjà menacé de porter plainte au Conseil d’Etat en référé.
Ce mardi, c’était au tour de la nouvelle alliance de gauche de publier un communiqué tout aussi outré : « Cette opération vise à affaiblir artificiellement les opposants à La République en marche en difficulté politique dans la campagne des législatives. »
Nous constatons que le ministère de l’Intérieur refuse d’enregistrer la “Nouvelle Union populaire” pour postuler. Supprimer vos adversaires du tableau de bord est-il toujours une démocratie ? #NUPES
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) 16 mai 2022
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Ainsi, les votes recueillis par La France insoumise, Europe-Ecologie-Les Verts, le Parti socialiste et le Parti communiste français seront comptés séparément. “Pourtant, tout le monde partage le même programme et se présente aux électeurs sous un même drapeau”, insiste le NUPES. Toutes les têtes d’affiche de la nouvelle alliance, de Julien Bayou (NUPES-EELV) à Sophie Chikiru (NUPES-LFI), ont réclamé des comptes au ministère de l’Intérieur.
Jean-Luc Mélenchon dénonce la stratégie de “minimiser la percée”
Le chef de file de la France insoumise a condamné le “système permanent de fraude”, qui vise à “réduire la percée que nous ferons au soir du premier tour”. Surtout après les formations de la majorité présidentielle Renaissance (ex-LaREM), Modem, Agir, Horizons, etc. seront bien regroupés sous la bannière « Ensemble ! “.
Pour certains internautes, cette décision permettrait au camp majoritaire de s’assurer une “victoire” malgré les sondages favorables au NUPES, car en divisant les voix de l’alliance de gauche, le macron assure que la soirée du second tour se termine en premier. D’autres envisagent même une stratégie “machiavélique” d’Emmanuel Macron pour qu’ils n’aient pas à nommer un Premier ministre de gauche “même après la victoire de la NUPES”.
La demande de NUPES est-elle légale ? Le manque de nuance de la NUPES pourrait-il affecter les élections ? Quelles sont les conséquences? 20 minutes font un bilan.
Les préfets confirment « Ensemble ! “non” NUPES “
Pour comprendre ce qui se passe, il faut savoir que pour se présenter aux élections législatives, un candidat potentiel peut prétendre être un parti politique existant, une tendance politique (ex : autre droite, centre, etc.) n’être aucune étiquette ou même rien. Ce sont ensuite les préfets qui sont chargés de leur donner une “nuance politique” pour rendre l’analyse et les résultats électoraux plus lisibles aux citoyens, comme l’indique la lettre circulaire du ministère de l’Intérieur du 27 avril 2022 qui dévoile la première liste de 19 nuances, regroupant notamment les différents partis de gauche, du centre.
Extrait de la lettre circulaire du 27 avril du ministère de l’Intérieur – Photo
Pour s’adapter aux alliances conclues depuis, le ministère a publié le 13 mai une nouvelle circulaire, « tenant compte des derniers changements intervenus ». Cette dernière circulaire développe un réseau de « 18 nuances correspondant aux principales formations et sensibilités politiques ». S’il existe une nuance “Ensemble” de la majorité présidentielle, les partis politiques qui composent la NUPES sont toujours séparés.
Le syndicat de droite a aussi été oublié
Selon l’AFP, qui cite le ministère de l’Intérieur, la nuance de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale n’a pas été créée car elle “réunit des candidats investis indépendamment des partis liés à l’accord”, qui “cherche à manifester une volonté de ces candidats à rester attachés à leur pays d’origine.” “Ces partis se représentent eux-mêmes, comme le voient notamment les associations d’aide publique et la campagne audiovisuelle.”
Extrait de la lettre circulaire du 13 mai du ministère de l’Intérieur. – Capture d’écran
A noter également, malgré l’accord entre Les Républicains et UDI, que les deux formations diffèrent également dans la circulaire.
Un “grand classique” qui ne bouleversera pas l’élection
Pour Louis Le Foy de Costille, avocat du suffrage, le seul moyen de faire appel de la NUPES serait de violer l’égalité. Mais la décision du ministère reste difficile à contester : « Si le financement des partis est séparé, cela peut se justifier à certains égards. »
Bruno Coutres, chercheur au CNRS et au Cevipof, confirme : « S’il y a un canal pour que l’argent public entre dans un groupe et pas dans l’autre, cette distinction est compréhensible. » Le politologue rappelle toutefois que la codification électorale, que l’opposition juge inégale, est un grand classique : « Si on voulait bien faire les choses, il va falloir distinguer le parti et la nuance pour tous les candidats. » Par exemple NUPES-EELV, Ensemble-Modem et autres. “Evidemment, le soir des résultats, on aura le droit de se battre pour l’interprétation. Si la NUPES arrive en tête, la majorité soutiendra le fait que ses membres ne sont pas d’accord sur tous les sujets et il faut donc différencier leurs votes. D’autant plus si le NUPES remporte l’élection par voix, mais pas par sièges. »
Selon Bruno Cotres, cette absence de nuances de l’alliance de gauche n’affectera en aucun cas le vote : “C’est un élément de communication pour la majorité, mais c’est une fabrication. L’électeur, quand il verra le scrutin de la gauche, dont environ 20% auront des dissidents, il saura que c’est la NUPES, qu’il est derrière Jean-Luc Melanchon. Ce débat sera très présent dans la campagne, mais il est invisible pour le grand public. Quant à la possibilité de “tromper” le Premier ministre dans la victoire du NUPES ? “Il est impossible que le président ne puisse nommer un premier ministre d’autre mouvance que le vainqueur, et les statuts de la NUPES précisent très explicitement que Jean-Luc Melanchon reviendra à ce poste. »
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