“Nous avons un risque immédiat d’interruptions dans l’accès aux soins”, a déclaré à franceinfo, jeudi 19 mai, Remy Salomon, président de la Conférence des présidents des commissions médicales du CHU, alors que l’hôpital public était au bord d’une explosion de ratés. infirmiers, comme à Bordeaux, où les patients sont « accueillis par des bénévoles ». “Il n’y a pas de lits. Il n’y a pas d’infirmières pour gérer les blocs opératoires. Il y a un manque de médecins urgentistes pour gérer les services d’urgence », prévient Rémy Salomon, pour qui le métier n’est plus attractif.
franceinfo : Comment va l’hôpital français ?
Rémy Salomon : Ce n’est pas nouveau. Nous disons depuis longtemps que nous avons eu des difficultés à l’hôpital. On parle beaucoup aujourd’hui des services d’urgence. Le travail de maternité est en grande difficulté dans de nombreux endroits. Il existe un risque immédiat d’interruption de l’accès aux soins. Quand je dis risque imminent, cela se produit déjà et s’aggravera probablement beaucoup en été, c’est-à-dire pendant les vacances.
La situation est-elle pire qu’il y a deux ans lorsque le Covid-19 est arrivé ?
Oui. C’est paradoxal, car on a vu à quel point l’hôpital et l’ensemble du système de santé ont joué leur rôle pendant cette crise du Covid-19, qui était quand même quelque chose. C’était incroyable de voir tous ces professionnels de santé en ville, à l’hôpital, se mobiliser et consacrer toute leur énergie pour faire face à l’afflux important de patients. Nous savions comment faire, nous nous sommes organisés. C’est un travail passionnant que j’adore. Tous les soignants que je rencontre adorent ce travail et nous sommes très dévoués. Nous sommes prêts à donner beaucoup, mais la dévotion a des limites.
Pendant la crise du Covid-19, tous les Français ont vu l’importance de l’hôpital. Nous avons dit que “tout ce qui est nécessaire” doit fonctionner. Nous avons investi beaucoup d’argent pour rattraper le retard. Nous avons rattrapé une partie du retard. Le retard, ça fait vingt ans qu’on l’a pris. Lorsque le budget de l’hôpital est déterminé, principalement par des critères financiers, comme il y a des dépenses publiques, il y a toujours un petit déficit. Alors, effectivement, avec le temps, il y a une pénurie d’infirmières parce que les conditions de travail et les salaires ne suffisent pas.
Combien d’emplois manquent actuellement dans les hôpitaux ?
Probablement des dizaines de milliers. Chaque hôpital a des lits qui sont fermés par manque de personnel. Et donc il y a 10%, 15%, 20%, parfois plus, de lits fermés faute de personnel. C’est peut-être un peu plus important en Ile-de-France car il y a un problème de coût de la vie pour le personnel paramédical. En Ile de France c’est plus cher et donc les salaires ne correspondent pas au coût de la vie. Mais il n’y a pas de lits partout. Il n’y a pas d’infirmières pour diriger les blocs opératoires. Il y a un manque de médecins urgentistes pour gérer les services d’urgence.
S’agit-il d’aidants qui ont quitté la profession ou s’agit-il de problèmes de recrutement ?
Ils sont tous les deux. Ce dont j’ai très peur en ce moment et ce que j’observe, c’est une sorte de détachement. Je vous ai parlé de dévotion. Il y a épuisement et manque de reconnaissance. Alors au bout d’un moment, les gens disent : « Je préfère me sauver, sauver ma vie de famille, ma vie personnelle. Je ne peux pas continuer à me fatiguer comme ça. C’est un travail passionnant mais exigeant. Il y a de fortes restrictions : travail de nuit, travail le week-end. Et quand on est rappelé, par exemple, en congé, parce qu’il faut remplir la liste des appels, c’est très contraignant. Une nuit pour une infirmière c’est un euro supplémentaire par heure, soit 10 euros de plus par nuit. C’est marrant! La rémunération obligatoire n’est pas suffisamment versée. C’est la première étape que devrait franchir le prochain ministre de la Santé.
Faut-il augmenter tous les salaires ?
Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’augmenter tous les salaires immédiatement. Il y a déjà des revalorisations, même si elles ne suffisent pas. Ce qu’il faut faire de toute urgence, c’est la restriction. Payez la limite. Nuits, week-ends, jours fériés. C’est vraiment nécessaire. Et faites-le de manière significative. Mais pas seulement cela, il y aura beaucoup d’autres choses à faire.
Les soignants pourront-ils prendre des congés ?
Dans certains endroits, il sera nécessaire d’écourter les vacances. Remplir les horaires de garde nécessitera probablement une réduction des vacances. Les urgences indiquent le dysfonctionnement de tout le système de santé. Nous avons parlé de l’hôpital, mais il n’y a pas que l’hôpital. C’est aussi en amont, c’est-à-dire les soins dits non programmés, qui sont pris en charge principalement par la médecine de ville, mais aussi par l’hôpital, quand la médecine de ville ne peut plus le faire. Il existe de nombreux endroits où la médecine urbaine est en difficulté. Il n’y a pas assez de médecins. Il y a des déserts médicaux et les gens à cette époque vont à l’hôpital. Pour assurer la continuité des soins, tous les soignants de la ville et de l’hôpital doivent être impliqués.
Pouvez-vous imaginer des soignants refuser d’écourter leurs vacances ?
La situation nous oblige. Il est difficile d’imaginer que dans un pays comme la France, il puisse y avoir des endroits où il n’y a plus d’accès aux soins. Je pense qu’il y aura la réglementation nécessaire. J’ai suffisamment confiance dans la responsabilité des personnes, de chacun, à l’hôpital, dans la ville, pour participer et éviter de se retrouver sans soignants en août.
Add Comment